En créole haïtien, on les appelle des "restavek", du français "reste avec", parce qu'ils vivent dans des familles qui ne sont pas les leurs. Mais ces enfants sont loin de recevoir toute l'attention qu'il leur faut: leurs familles d'accueil les traitent comme des esclaves.
En Haïti, 180 000 à 300 000 enfants - les chiffres varient selon les sources - travaillent comme employés de maison. Environ 8 à 10 % des Haïtiens de moins de 18 ans sont dans cette situation qui les prive de leurs droits fondamentaux.
Ces enfants sont la catégorie sociale la plus vulnérable dans un pays en proie à une pauvreté extrême, une forte dégradation de l'environnement, une corruption endémique et une instabilité politique chronique. Beaucoup d'entre eux sont nés dans de grandes familles défavorisées à la campagne et leurs parents les envoient dans des familles d'accueil en espérant qu'ils seront bien nourris et bien traités.
"Au lieu de cela, ils passent leurs journées à effectuer des tâches domestiques harassantes et on les bat fréquemment, lorsque leur travail ne satisfait pas la famille d'accueil", a expliqué Wenes Jeanty, qui dirige le Foyer Maurice Sixto. [...] Une délégation s'est arrêtée au Foyer Maurice Sixto pour mieux connaître le sort de ces enfants vivant en esclaves domestiques, qui sont victimes d'une servitude profondément enracinée dans l'histoire du pays.
De nombreux "restaveks" perdent le contact avec leur famille biologique. Certains sont ballotés d'une famille d'accueil à l'autre sans qu'on leur demande leur avis et sans que leurs parents en soient informés. Les maltraitances physiques et psychologiques sont courantes, selon Wenes Jeanty.
Le Foyer Maurice Sixto a été fondé en 1989 avec l'aide de Terre des Hommes, une organisation caritative basée en Suisse. Le foyer a été nommé d'après Maurice Sixto (1919-1984), un célèbre intellectuel haïtien qui avait dénoncé les abus des élites nationales vis-à-vis des travailleurs domestiques mineurs.
"Notre mission est de venir en aide aux enfants et aux jeunes contraints de quitter leur famille biologique pour être placés dans une famille d'accueil. Quand ils ont terminé de travailler, ils viennent au Foyer pour profiter de l'instruction, des animations et des possibilités de faire un peu d'artisanat", a indiqué Wenes Jeanty.
"Tous les enfants sont égaux"[...]
"Nous leur disons que tous les enfants sont égaux et qu'ils ont les mêmes droits", a expliqué Wenes Jeanty. [...]
"Malheureusement, ces enfants ne peuvent pas être libérés de cette servitude. Les ressources manquent pour pourvoir à leurs besoins, on ne peut pas les renvoyer dans leurs familles biologiques et on ne peut pas leur trouver de familles plus attentionnées pour les accueillir", a-t-il affirmé. [...]
Néanmoins, le Foyer Maurice Sixto s'assure qu'au moins quelques-uns des "restaveks" d'Haïti aient la possibilité et le temps de jouer, de s'exprimer et de jouir de leur identité propre. "Nous nous évertuons à leur rendre l'enfance à laquelle ils ont droit", a conclu Wenes Jeanty. [...]
